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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 10:19

 

   Extraits de "L’amour ne condamne  pas:

le monde, la chair et le diable selon le Platonisme, le Christianisme, 

le Gnosticisme et Un Cours en Miracles" 

  

de Kenneth Wapnick

 

 

Traduction libre

 

 

Chapitre 11 à 17

 

 

 


 

 

 

 Love does not condemn

 

 

 

 

 

             Quand Kenneth fait référence à Un Cours en Miracles, il le fait par rapport à une version différente de celle que nous connaissons et utilise une méthode de référencement qui ne nous permet pas de retrouver le passage cité. Par exemple, après avoir cité un passage, il va écrire (text, p. 64) et non (T-2.IV.3 :8-11) comme il le fait dans ses livres plus récents. Il n’est donc pas possible de trouver, avec ses références, le passage cité dans la traduction française. J’ai donc mis les numéros de page uniquement lorsque je les ai retrouvées par moi-même.

 

 

 

 

 

"Love does not condemn", chapitre 11 à 17 (sur cette page)

"Love does not condemn", chapitres 18 et 19 (cliquez ici)


 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

PART II-B

LES MYTHES FONDAMENTAUX:

UN COURS EN MIRACLES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 11

LA NATURE DE DIEU ET DE SON PARADIS :

L’état de Pré-Séparation

 

 

 

Il faut également souligner que lorsque l’on utilise des mots et des concepts comme “extension” qui ont des connotations spatiales et temporelles, la dynamique qu’ils reflètent transcende totalement le temps et l’espace. Ainsi, dans notre langage populaire, le mot extension signifie que quelqu’un ou quelque chose s’étend à travers le temps et l’espace. Puisque nous sommes limités par nos propres conceptions, nous devons utiliser des mots qui sont des “symboles de symboles”  et qui partagent ces limitations. Par conséquent, nous devons garder en tête que ces concepts évoquent un état qui est totalement au-delà des concepts. Le Cours réitère ceci: “Il n’y a pas besoin de clarifier davantage ce que nul au monde ne peut comprendre… car ceux qui sont dans le temps peuvent parler de choses qui sont au-delà… Or quelle signification ces mots peuvent-ils transmettre à ceux qui comptent encore les heures, qui se lèvent, travaillent et vont dormir selon leur compte? (Love does not condemn, p. 410)

 

 

 

 

Chapitre 12 

         LA SEPARATION D’AVEC DIEU

 

 

 

             Cette compréhension du Saint Esprit aide à résoudre un problème qui a tracassé de nombreux étudiants d’Un Cours en Miracles: Comment Dieu a-t-il donné une réponse à un problème dont le Cours dit clairement qu’il n’existe pas et dont Dieu n’est même pas au courant: “L’esprit dans sa connaissance n’est pas conscient de l’ego. Il ne l’attaque pas; il ne peut juste pas le concevoir du tout.” Le Cours dit pourtant ailleurs: “Il y avait un besoin qu’Il ne pouvait pas comprendre, auquel Il a donné une Réponse.” Encore une fois, nous pouvons voir que le Cours utilise un langage métaphorique et des mots qui ne sont pas à prendre au sens littéral. C’est pourquoi nous avons parlé de la mythologie du Cours, même si sa forme est sophistiquée psychologiquement. Dieu ne pense pas, ne pleure pas. Il ne donne pas de réponses, pas plus qu’il ne permet à certaines choses de se produire dans le monde. Il ne guérit pas les maladies du corps et ne met pas fin aux souffrances des êtres humains. Ce sont des expressions métaphoriques que Jésus (lui-même étant un symbole) utilise dans le Cours pour exprimer l’amour de Dieu qui ne peut-être exprimé qu’à travers ces moyens si anthropomorphiques et ces expressions si littérales. Ainsi, il nous dit: “Tu ne peux même pas penser à Dieu sans un corps ou sous une forme que tu penses reconnaître.”

             Ainsi, pour parler avec précision, Dieu n’a pas donné une Réponse (le Saint Esprit) à la naissance de la pensée de séparation. Plutôt, Sa “Réponse” est simplement son amour immuable et éternel qui brille pour toujours dans nos esprits divisés, comme un phare de lumière brille dans l’obscurité. L’Amour de Dieu ne fait rien; il est simplement: une présence d’amour continue que nous appelons le Saint Esprit. (Love does not condemn, p. 420, 421)

 

 

 

 

Chapitre 13

LES ORIGINES ET LA NATURE DU MONDE

 

 

 

             Nous avons observé plus tôt que la dynamique de base de l’esprit est l’extension. Cela reflète la loi fondamentale de l’esprit qui dit que les pensées naissent dans l’esprit du penseur, à partir duquel elles s’étendent à l’extérieur. […] » Ce qui est à l’intérieur de l’esprit doit « s’étendre à l’extérieur ». Quand l’esprit est Dieu ou le Christ, cette dynamique est appelée extension et, comme cela a été souligné précédemment, cette « extension vers l’extérieur » n’a aucune dimension spatiale ou temporelle. Cependant, quand l’esprit est celui de l’égo qui est séparé, cette dynamique est appelée projection, et ainsi nous nous retrouvons dans un monde d’espace et de temps. C’est ce que le Cours enseigne : « L’esprit s’étend (ou crée), alors que l’égo projette (ou fait) : Tu fais par projection, mais Dieu crée par extension » (Texte).

             Par conséquent, l’idée de séparation est projetée de l’esprit qui s’identifie à l’ego dans le but d’échapper et de se cacher du Saint Esprit. Nous avons observé que dans la création (ou extension), ce que Dieu étend devient comme Lui, partageant ses attributs. Le même principe s’applique pour la projection : ce que l’égo projette partage ses attributs. Ainsi, la projection de la pensée de séparation, née de la culpabilité, donne lieu à un monde de séparation qui repose sur la culpabilité : « Ceci était la première projection de l’erreur (la séparation) à l’extérieur » (Texte). Le monde est apparu pour cacher cette erreur et est devenu un écran sur lequel elle a été projetée et t’a écarté de la vérité.

             Le monde n’est donc rien d’autre que cette pensée de l’esprit projetée à l’extérieur. (Love does not condemn, p. 425, 426)

 

 

Pourtant cette situation illusoire n’est pas ce qu’elle paraît être, parce que c’est le but de l’égo de nous rendre confus à propos de ce qu’est l’unité de notre véritable réalité ainsi que de cette réalité que le Saint Esprit dans nos esprits nous rappelle continuellement. Par conséquent, une fois que la projection initiale s’est produite, elle a continué à se produire. Projetée de l’esprit, la pensée de la séparation s’est séparée encore et encore, ayant pour résultat un monde physique de séparation. Nous observons ce processus dans le phénomène biologique qu’est la mitose, où l’œuf fertilisé se divise et divise encore dans l’utérus de la mère : le un devenant deux, puis quatre, huit, seize, trente-deux, etc. Ce développement de l’organisme physique reflète la naissance du monde physique. Le Cours évoque cette première substitution de l’ego à Dieu, de l’amour à la peur : « Toi qui penses que Dieu est peur n’a fait qu’une substitution. Elle a pris de nombreuses formes, parce que c’était la substitution des illusions à la vérité, de la fragmentation à la complétude. C’est devenu si fragmenté et subdivisé encore et encore, qu’il est maintenant impossible de percevoir que cela n’était qu’un et l’est encore. (Love does not condemn, p. 427, 428)

 

 

             Le temps est l’un des alliés les plus puissant de l’égo dans sa guerre tactique contre Dieu. Cette guerre a lieu dans le théâtre de l’esprit du fils. Puisque c’est au-delà de l’étendue de ce livre de traiter ce sujet en profondeur, nous allons réduire cette discussion à quelques pages.

             Comme les anciens grecs, le Cours affirme que tout est déjà arrivé. Cependant, là où les grecs voyaient le temps comme quelque chose se déroulant linéairement ou séquentiellement, le Cours enseigne que tout s’est déjà produit en un instant, de façon non linéaire. Ainsi, là où les grecs percevaient le temps de façon cyclique, les chrétiens de façon linéaire, Un Cours en Miracles le voit de façon holographique ; c'est-à-dire que la totalité du temps peut se retrouver dans cet instant initial.

             Comme nous l’avons vu au chapitre 7, notre concept du temps dépend directement de notre compréhension de la nature du monde. Bien que le Cours ne partage pas la peur et la haine des gnostiques pour le temps, le Cours partage néanmoins leur vision du rôle du temps quand il décrit le plan de l’égo qui est de convaincre le Fils de Dieu de ne pas se souvenir de son identité spirituelle. [Passage difficile à traduire]. Ainsi le temps prend part dans le piège comique de l’égo, c'est un tour de magie pour nous faire croire que la réalité est dictée par les apparences. Nous avons vu qu’à l’instant de la naissance de l’égo, le Saint Esprit fut crée comme la Réponse. Ainsi, l’erreur fut corrigée et défaite. En d’autres mots, le temps était terminé à l’instant où il a semblé commencer : « A l’instant où l’idée de la séparation entra dans l’esprit du Fils de Dieu, la Réponse de Dieu fut donnée. Dans le temps, cela s’est produit  il y a très longtemps. En réalité, cela n’est jamais arrivé. »

             Dans ce seul instant, néanmoins, tout le système de pensée de l’égo est apparu. Pour aller au bout de son but qui est de confondre le Fils endormi, ce seul instant vertical est, pour ainsi dire, compressé par l’égo et aplatit horizontalement dans la dimension que nous expérimentons comme le temps. Cependant, dans cet instant est inclus non seulement les pensées de pêché, de culpabilité et de peur de l’égo, mais aussi les pensées d’unité, de pardon et d’amour du Saint Esprit. Les deux sont pleinement dans chaque aspect de l’esprit fragmenté. Ainsi, il semble que nous vivons dans le temps, et que nous faisons de véritables choix dans le temps. En réalité, tout est déjà arrivé. Notre seul choix, par conséquent, c’est de choisir quel aspect fragmenté de l’esprit nous voulons choisir : le Saint Esprit ou l’égo, l’amour ou la peur. (Love does not condemn, p. 432, 434)

             

 

             Les gnostiques parlent d’archons [les maîtres du monde] qui utilisent le temps pour nous piéger ici et nous garder éloignés de l’éternité. Si nous mettons de côté l’anthropomorphisme mythologique, nous ne sommes pas trop éloignés des enseignements du Cours en Miracles. Le Cours ajoute néanmoins une dimension psychologique à l’utilisation que fait l’égo du temps. Le temps est ce qui nous attache à l’apparente réalité des fondements de la triade pêché, culpabilité et peur, qui est la base de l’existence de l’égo. L’égo nous répète que nous avons pêché dans le passé, que nous devrions expérimenter la culpabilité dans le présent et avoir peur des punitions futures que nous méritons. Ainsi, le temps devient une prison dans laquelle nous restons piégés pour toujours par un système de pensée vicieux qui n’offre aucune porte de sortie à part la souffrance et la mort, la punition finale pour nos pêchés : « Comme il est désespérant l’usage que l’égo fait du temps ! Comme il est terrifiant ! Car sous son insistance fanatique pour que le passé et le futur soient les mêmes, se cache une menace beaucoup plus insidieuse pour la paix. L’ego n’affiche pas son ultime menace, car il voudrait que ses adorateurs croient encore qu’il peut leur offrir une évasion. Mais la croyance en la culpabilité doit mener à la croyance en l’enfer, ce qu’elle fait toujours. La seule façon dont l’ego permette d’éprouver la peur de l’enfer, c’est en portant l’enfer ici, mais toujours comme un avant-goût du futur. »

             Ainsi, dans le monde dans lequel nous nous trouvons, nous revivons tout simplement encore et encore cet instant initial pendant lequel nous avons cru que nous étions séparés et que l’histoire du pêché et de punition de l’égo était vraie : « Or dans chaque acte ou chaque pensée qui ne pardonne pas, dans chaque jugement et dans toute croyance dans le pêché, ce seul instant est rappelé, comme s’il pouvait être fait à nouveau dans le temps. Tu gardes devant tes yeux un souvenir ancien […]. » « A chaque jour et à chaque minute de chaque jour, à chaque instant contenu dans chaque minute, tu ne fais que revivre cet unique instant où le temps de la terreur pris la place de l’amour. Ainsi, tu meurs chaque jour pour vivre à nouveau, jusqu’à ce que tu franchisses le fossé entre le passé et le présent, qui n’est pas un fossé du tout. Telle est chaque vie : un semblant d’intervalle de la naissance à la mort, puis à la vie à nouveau, la répétition d’un seul instant depuis longtemps disparu qui ne peut pas être revécu. Et tout le temps n’est que la folle croyance que ce qui est terminé est encore ici et maintenant » (T-26.13)     

             En ce sens, le temps est cyclique puisqu’en écoutant l’égo, nous revivons continuellement cet ancien instant de terreur. Nous rejouons encore et encore cette même tragédie du pêché, de la culpabilité et de la peur de la punition. A un niveau de compréhension encore plus profond auquel le Cours fait rarement allusion, ce drame cosmique du temps a en réalité lieu continuellement. La dimension du temps n’est pas horizontale du tout, mais verticale. Chaque composante du temps existe maintenant, stratifiée dans nos esprits pour nous embrouiller. Au niveau de notre couche la plus profonde est cet instant ontologique de la séparation qui se décline en un nombre presque infini de filtres que nous prenons pour nos expériences et existences individuelles. Ainsi, cet « instant de terreur » n’est pas réellement revécu, comme s’il y avait des expériences passées à revivre, mais est en réalité en train d’être vécu, aussi longtemps que nous continuons à croire à l’histoire de l’égo. En ce sens, nous ne revenons pas sur cet instant, nous y descendons (Love does not condemn, p. 435, 436).

 

 

 

 

Chapitre 14

LA NATURE DE L’HUMANITE:

LE PUR ESPRIT, L’ESPRIT ET LE CORPS

 

 

 

             « La première relation particulière fut par conséquent avec notre Créateur. Nous Lui avons demandé Son amour particulier de façon à ne pas avoir à regarder en face la culpabilité investie dans notre relation à Lui. Nous avons passé un marché avec Dieu, espérant qu’Il (en réalité notre image de Lui) accepterait notre don de souffrance et de sacrifice comme le paiement des pêchés que nous avons commis contre Lui. Quand Dieu n’accepte pas notre marché (cela ne se passe qu’au-dedans de nos esprits), notre culpabilité commence à nous accabler, ce qui mène à la terreur de Sa vengeance. Cette terreur provient de notre projection qui est un mécanisme de défense : ce n’est pas nous qui avons rejeté Dieu, mais Lui qui nous a rejeté. Ainsi, notre choix de nous tourner vers les autres pour l’amour qu’Il nous a nié est justifié, et dans cette décision, toutes nos relations particulières sont nées : « C’est dans la relation particulière, née du désir caché d’avoir l’amour particulier de Dieu, que la haine de l’égo triomphe. En effet, la relation particulière est le renoncement à l’Amour de Dieu et la tentative du soi de se sécuriser dans la particularité qu’Il a nié. »

             Cette négation de l’Amour de Celui qui nous a crée et de qui nous sommes en tant que Christ (« L’amour m’a crée pareil à lui-même », livre d’exercice), est la fondation de tout ce qui suit. De même que l’égo a initialement conseillé au Fils endormi d’échapper à la douleur de sa culpabilité par la projection, il nous conseille ici, dans notre apparente existence individuelle, d’échapper à la douleur provoquée par notre vide intérieur en cherchant un soulagement extérieur. Cette recherche extérieure a deux formes élémentaires que le Cours appelle la relation de haine particulière et la relation d’amour particulier.

             La relation d’amour particulier suit la même dynamique que nous trouvons dans la haine particulière, mais dans une forme opposée. Désormais, l’égo ne nous conseille pas de projeter notre culpabilité et notre haine de nous même directement sur les autres, mais plutôt de cannibaliser ce qui est à l’extérieur de nous, le ravissant aux autres (ou au monde) et l’incorporant de façon à remplir le trou béant de vide que l’égo nous a fait prendre pour notre réalité » (Love does not condemn, p. 445, 446, 447).

 

 

             Ces gens “particuliers” sont alors aimés pour ce qu’ils peuvent faire pour nous et non pour ce qu’ils sont en tant que Christ: « Le meilleur soi que l’égo cherche est toujours plus spécial. Et celui qui possède un soi particulier est « aimé » pour ce qui peut être pris de lui. » Dit d’une autre manière, les gens et les choses à l’extérieur de nous répondent aux besoins particuliers que nous pensons avoir, ce qui n’est rien de plus qu’une forme particulière de la croyance sous-jacente en la réalité de notre propre sentiment de culpabilité et de manque. La motivation première dans toute relation particulière est donc la croyance qu’en se « joignant » à une autre en amour (affection, approbation, etc.), nous complétons notre incomplétude inhérente : « Personne ne vient dans ce monde qui n’a encore l’espoir, quelque illusion persistante, ou quelque rêve qu’il y a à l’extérieur de lui quelque chose qui va lui apporter le bonheur et  la paix. Si tout est en Lui, cela ne peut pas être. Et ainsi, par sa venue, il nie la vérité à propos de lui-même et cherche quelque chose de plus que le tout, comme si une partie du tout était séparée et trouvée là où tout le reste n’est pas. »

             Quand ces besoins sont comblés par cette personne particulière, nous sommes amoureux, ce qui est simplement de la dépendance. Et où « les deux partenaires voient ce soi particulier en  chacun, l’égo voit une « union du Ciel ». » Cependant, quand ces besoins ne sont pas comblés comme cela avait été prévu au départ, notre amour tourne alors en haine, et nous avons vite fait de condamner quelqu’un ou quelque chose à l’extérieur de nous pour notre détresse.

             Le noyau de toute relation spéciale est le marchandage. Cela n’a pas d’importance si mon partenaire d’amour particulier est conscient ou non de ce troc insane : Je joue tout cela pour nous deux dans mon propre esprit. Pour revenir à notre métaphysique non dualiste, puisqu’en vérité rien n’existe à l’extérieur de l’esprit, il n’y a personne à l’extérieur de toute façon. Que le rêve soit endormi ou éveillé, il se passe la même chose : tous les personnages du rêve sont des projections de notre esprit. Ainsi, encore une fois, ma relation avec toi (de mon point de vue) n’existe que dans mon esprit : tu n’es par réellement là. Le drame du marchandage prend alors cette forme : Je suis dans un besoin désespéré de complétude et il n’y a que toi (mon partenaire d’amour particulier) qui peut me la donner. Cependant, puisque je suis si torturé, tu ne me donneras pas ce dont j’ai besoin (qui est en réalité une partie de ton soi) sans recevoir quelque de valeur en retour. Le problème, c’est que je n’ai rien à t’offrir de valeur (puisque j’ai déjà décidé que je suis coupable et sans valeur). Ainsi, je dois te tromper en te faisant croire que je te donne quelque chose de valeur en contrepartie de la grande valeur que tu me donnes. C’est cela le royaume des cieux de l’égo : un véritable enfer bâtit sur des mensonges et des tromperies, sur le vol et le ravissement cannibale.

             [….]

             Un tel retournement de l’amour particulier à la haine particulière est inévitable pour plusieurs raisons. D’abord, aucune personne ou chose n’est capable d’être toujours et de toutes les manières là pour nous. Ensuite le but de l’égo, comme nous le dit le Cours, est le meurtre, et nos partenaires particuliers sont mis en place par l’égo pour finalement échouer et devenir ainsi des boucs émissaires et ainsi justifier notre colère. Enfin, puisque c’est la culpabilité qui a rendu cette relation d’amour particulier nécessaire comme défense, l’objet d’amour doit devenir un symbole de la culpabilité puisque celle-ci est le but de la relation. Ainsi, alors que nous sommes seulement conscients de l’amour et de la gratitude de notre bien aimé qui nous a permis de nier notre douleur derrière les rideaux de la particularité, inconsciemment nos pensées continuent à se déplacer de la personne bien aimée à ce qu’il/elle symbolise : notre culpabilité. Et puisque c’est notre culpabilité que nous détestons plus que tout dans le monde, nous devons alors finir par détester celui qui symbolise cela pour nous. Cette haine, par conséquent, est toujours présente, même si nous proclamons le plus vigoureusement notre amour. C’est seulement une question de temps avant que la tempête brise les barricades de l’amour particulier et se révèle telle qu’elle a toujours été » (Love does not condemn, p. 448, 449, 450).

 

             

 

 

Chapitre 15 

LA SIGNIFICATION DU SALUT

 

 

 

 « Le salut est accomplit par notre propre travail, en union avec le Saint Esprit. Cependant, le Saint Esprit n’est pas conçu comme un agent éternel, par magie envoyé par Dieu pour défaire notre peur et résoudre nos problèmes. Comme le dit Jésus vers le début du Texte, répondant à la vue traditionnelle du  « fais-le pour nous » : « La peur ne peut pas être contrôlée par moi, mais peut être contrôlée par celui qui a peur. La peur m’empêche de te donner mon contrôle… La correction de la peur est ta responsabilité. Quand tu demandes d’être libéré de la peur, tu impliques que ce n’est pas ta responsabilité. Tu devrais demander à la place de l’aide au niveau qui a apporté la peur. Ce niveau comporte toujours la volonté d’être séparé. C’est là que tu peux améliorer quelque chose. » Jésus peut nous aider à faire un autre choix, mais ne peut pas faire ce choix pour nous » (Love does not condemn, p. 465).

 

 

 

 

Chapitre 16

LE REDEMPTEUR – JESUS

 

 

 

 « Ainsi, [...] on peut dire que le Saint Esprit est notre sauveur, parce que cette Pensée d’amour parfait est ce qui nous sauve de la croyance de l’égo que notre pêché, résultant de la séparation d’avec Dieu, est vraiment irréparable, l’amour ayant pour toujours été banni de nos esprits. Le Saint Esprit est la preuve irréfutable que ça n’est jamais arrivé et représente ce que le Cours appelle le principe de l’Expiation. Cependant, son aide ne nous est pas magiquement dispensé. Sa Voix est plutôt continuellement en train de nous pousser à faire un autre choix, parce qu’il ne peut pas faire ce choix pour nous. C’est la Voix qui nous parle de la vérité, expliquant gentiment, face à la lourde voix de l’ego et de la voix récurrente du pêché, de la culpabilité et de la peur, que la séparation n’a jamais eu lieu » (Love does not condemn, p. 470).

 

 

 « Jésus étant la pensée du parfait amour, est la lumière qui brille à travers l’esprit de la filialité, portant un message différent de la manifestation de la voix de l’égo (le monde). A la Voix du Saint Esprit est donnée un nom et une forme spécifique : Jésus qui a marché sur la terre de Palestine il y a deux mille ans. En dire plus serait entrer dans le monde du mythe : Dieu envoyant son Fils dans le monde, Jésus choisissant la crucifixion comme un moyen d’enseigner l’invulnérabilité de l’amour, ou n’importe quelle des théories le concernant. Toutes passent à côté de la vérité si elles sont prises littéralement, puisqu’elles parlent de Jésus comme s’il avait vécu dans un monde de temps et d’espace. Il n’a pas vraiment vécu et nous ne vivons pas vraiment parce que l’existence individuelle fait partie du show magique de l’égo. A l’intérieur d’un tel monde magique, les différents mythes concernant Jésus jouent un rôle important. La version du Cours, en vertu de la consistance de son message, vient au plus près de la vérité de cette existence que nous identifions comme étant Jésus. A ce niveau, Jésus est donc également  notre sauveur, parce qu’il a vécu devant nos yeux le principe de l’Expiation » (Love does not condemn, p. 473).

 

 

 

 

Chapitre 17

IMPLICATIONS PRATIQUES

 

 

 

             Seuls Dieu et le Christ sont réels. Ainsi, ils ne peuvent pas être menacés par la « folle petite idée » de la séparation qui n’est pas de Dieu. Cette idée de la séparation ne peut donc pas être réelle et n’existe pas. Tous nos problèmes doivent alors être inexistants puisqu’un problème en présence de Dieu est inconcevable : « Il n’y a ni temps, ni lieu, ni état duquel Dieu est absent. » le vrai « problème » doit donc résider dans la croyance qu’il y a un problème. En d’autres mots, le problème, c’est que je perçois un problème apparent dans le monde (ce qui implique mon propre monde physique et/ou psychologique). […]

             « Nous commençons par revenir sur l’histoire qu’a raconté l’égo au Fils, traitant à nouveau ce sujet dans des termes pertinents pour cette discussion. L’égo a convaincu le Fils qu’il y avait une situation problématique, un sérieux problème. L’égo a appelé ce problème pêché, qui a lui-même été projeté sur Dieu de manière à ce que Sa colère de vengeance devienne désormais un problème nécessitant une solution et une défense immédiate. Comme Un Cours en Miracles voudrait nous le faire comprendre, toutes les défenses sont des formes de magie, étant des tentatives de l’égo de fournir une solution à un problème qui n’existe simplement pas. A partir de ce moment, l’égo a désormais eu pour stratégie de perpétuer l’illusion dans l’esprit du Fils que de réels problèmes nécessitaient de réelles solutions. Cependant, l’égo ne voulait pas que le Fils sache que son seul problème était de croire en un problème non-existent, c'est-à-dire sa façon erronée de regarder à la « petite folle idée ». Ainsi, pris au piège de l’égo, le Fils est continuellement convaincu que son problème est à l’extérieur de son esprit, dans le corps, que ce soit le sien ou celui de quelqu’un d’autre n’a pas d’importance. Une fois qu’Il croit que ses problèmes sont dans le monde (rendus réels par le système de pensée de l’égo), le Fils doit croire que c’est dans un monde de forme et de comportements que les solutions (ou le salut) doivent être trouvées » (Love does not condemn, p. 481).

 

 

             Une autre pratique religieuse importante au cœur de la tradition judéo-chrétienne est la prière. Ici aussi nous voyons que la prière, dans son sens usuel (importuner Dieu ou ses représentants en leur demandant de faire en sorte que les choses tournent bien), est simplement une autre façon de rendre l’erreur réelle. La prière est basée sur l’hypothèse qu’il y a un véritable problème ici et que cela demande une correction ou une réparation à ce niveau. Il n’est pas nécessaire d’avoir un doctorat en psychologie pour reconnaître que presque toute prière, directement ou indirectement, est basée sur une image anthropomorphique de Dieu qui va par magie satisfaire nos besoins (accepter notre requête de punir nos ennemis, de prévenir les désastres, de guérir la maladie, d’apporter des gains matériels, etc…) et servir le rôle du parent idéal qu’aucun d’entre nous n’a eu. En ce sens, Freud avait raison lorsqu’il a reconnu que notre croyance en Dieu était une projection positive ou négative de notre expérience avec nos propres parents. Accidentellement, alors qu’il avait raison en ce qui concerne de la distorsion qu’a l’égo de Dieu, il est passé complètement à côté en faisant de toutes les expériences de Dieu des distorsions. En réalité, bien sûr, nos expériences de nos parents, sans mentionner celles de toutes nos relations, sont des projections de notre expérience profondément réprimée de Dieu.

             La vision de la prière d’Un Cours en Miracles suit logiquement ses fondations métaphysiques. S’il n’y a pas de monde à l’extérieur de notre esprit collectif et qu’il n’y a d’autre problème que la croyance en un problème, la prière, dans son sens traditionnel, est hors de propos. Pourquoi prier pour quelque chose ou pour l’amélioration d’une condition qui est intrinsèquement illusoire ? Il ne faudrait alors prier que pour demander d’accepter la vérité qui est déjà ici. En ce sens, la prière n’est donc pas différente du pardon ou du miracle, parce qu’ils reflètent tous le processus du défaire du système de pensée de l’égo qui n’a jamais été, laissant être l’Amour de Dieu qui a toujours été. La prière, par conséquent, ce n’est pas demander des choses ou des faveurs spéciales. C’est plutôt une attitude de pardon, demandant l’aide du Saint-Esprit de se joindre à l’autre dans une relation sainte et de corriger la relation particulière qui est le foyer de la culpabilité de l’égo. (Love does not condemn, p. 492, 493).

[…]

             En bas de l’échelle, la prière « prend la forme qui correspond le mieux à tes besoins » car l’échelle reflète le processus de la prière, « un moyen offert par le Saint Esprit pour atteindre Dieu ». C’est le moyen par lequel le Fils de Dieu quitte des buts séparés et des intérêts séparés et se tourne dans une joie sainte vers l’union de son Père et de lui-même.

             En prenant en considération notre discussion des premiers chapitres sur le Saint Esprit, nous pouvons mieux comprendre la signification de certains passages du Cours qui évoquent la réponse du Saint Esprit à tous nos besoins : […] « Le Saint Esprit répondra à tous tes problèmes spécifiques aussi longtemps que tu croiras que tes problèmes sont spécifiques. Sa réponse est à la fois plusieurs et une, aussi longtemps que tu crois que l’Un est multiple » (Text, p. 196).

             Et ce passage, venant en partie du fameux passage d’Isaïe, expose ceci : « Une fois que tu acceptes son plan comme étant la seule fonction que tu voudrais remplir, il n’y aura rien d’autre que le Saint Esprit ne voudra arranger pour toi sans effort de ta part. Il ira devant toi en aplanissant ton chemin et en ne laissant sur ton chemin aucune pierre sur laquelle trébucher et aucun obstacle te barrer la route. Rien de ce dont tu auras besoin ne te sera refusé. Aucune difficulté apparente ne se dissipera avant que tu l’atteignes. Tu ne dois penser à rien, insouciant de tout, excepté de ce seul but que tu voudrais réaliser. Comme cela t’a été donné, cette réalisation sera. La garantie de Dieu tiendra contre tous les obstacles, parce qu’elle s’appuie sur la certitude et non sur la probabilité. Elle repose sur toi. Et qu’est-ce qui peut être moins sûr qu’un fils de Dieu ? » (Texte, p.404)

             Une lecture superficielle d’un tel passage laissera sans doute l’impression d’un Dieu personnel, ou Son Esprit, qui remplirait par magie nos besoins spéciaux, un « Papa gâteau » dont l’amour qu’il nous porte est mesuré par sa bienfaisance. Ce n’est clairement pas l’enseignement du Cours puisque son fondement métaphysique est que Dieu n’est même pas au courant du rêve. Le livre d’exercice explique clairement, par exemple : « Ne pense pas qu’Il [Dieu] entend les petites prières de ceux qui l’appellent avec des noms d’idoles chéries par le monde. Ils ne peuvent pas l’atteindre comme ceci. Il ne peut pas entendre les requêtes qui impliquent qu’il n’est pas lui-même ou que son fils reçoive un autre nom que le Sien…. Assieds-toi calmement et laisse Son Nom devenir l’idée qui englobe tout et qui occupe entièrement ton esprit. Fais taire toutes les pensées sauf celle-là… Tourne toi vers le Nom de Dieu pour ta libération, et cela t’es donné. Aucune prière sauf celle-là n’est nécessaire, parce qu’elle les contient toutes en elle-même. Les mots sont insignifiants et toutes les requêtes sont inutiles quand un Fils de Dieu appelle le Nom de son Père » (Livre d’exercice, p. 335).

             Ainsi, le passage ci-dessus évoquant l’activité du Saint Esprit dans nos vies reflète, comme nous l’avons dit dans le chapitre 12, l’expérience de la présence abstraite de l’amour de Dieu dans nos esprits divisés. Le « plan » du Saint-Esprit est le défaire du script de peur et de douleur de l’égo, à travers sa présence permanente. Nos esprits qui sont enracinés dans le plan de l’égo interprètent par conséquent ce changement d’esprit comme étant fait pour nous par le Saint Esprit. De plus, « la garantie de Dieu… contre tous les obstacles » reflète la paix qui suit inévitablement le défaire de la culpabilité par le fait d’accepter son plan. Sans la culpabilité, la demande de punition s’en va aussi. Ainsi tous les jugements, qui sont vus comme étant des expressions d’amour ou des appels à l’amour, ainsi que la certitude de Dieu à notre égard comme étant Son Fils deviennent également notre.

             La prière est donc contenu et non forme, le contenu de l’amour, notre seul but: “Pour parler justement, les mots ne jouent aucun rôle dans la guérison. L’élément motivant est la prière ou la demande. Ce que tu demandes, tu le reçois. Mais cela fait référence à la prière du cœur et non aux mots que tu utilises en priant… Dieu ne comprend pas les mots parce qu’ils ont été fait par des esprits séparés pour se maintenir dans l’illusion de la séparation. Les mots peuvent être utiles, particulièrement pour les débutants dans le but de faciliter la concentration et l’exclusion, ou au moins le contrôle des pensées étrangères. (Love does not condemn, p. 493, 494, 495)

 

 

             Par conséquent, lors de l’instant original, le Fils a prié pour être libéré de la présence de l’amour dans son esprit. Ainsi, le monde a été fait par cet esprit en réponse à sa demande de protection à l’égard Dieu.

             Cependant, alors que nous pensons que nous sommes réellement ici dans ce monde, il y a des besoins qui semblent devoir être comblés et des décisions qui ont besoin d’être prises. « Le chant de la prière » explique ceci : « On t’a dit [dans le Cours] de demander au Saint Esprit de répondre à n’importe quel problème spécifique et que tu recevras une réponse spécifique si tel est ton besoin… Il y a des décisions à prendre ici, et elles doivent être prises, qu’elles soient ou non des illusions. On ne peut pas te demander d’accepter des réponses qui sont au-delà du niveau de besoin que tu peux reconnaître. Par conséquent, ce n’est pas la forme de la question qui importe, ni comment cette question est posée. La forme de la réponse, si elle est donnée par Dieu, conviendra à tes besoins tels que tu les vois. Ce n’est rien de plus qu’un écho à la réplique de sa voix. Le véritable son est toujours une mélodie de remerciement et d’amour. Tu ne peux donc pas demander de recevoir l’écho. C’est la mélodie qui est le don. Avec elles viennent les harmoniques, les échos, mais tout cela n’est que secondaire. Dans la véritable prière, tu n’entends que la mélodie. Tout le reste est simplement ajouté. Tu as d’abord cherché le royaume des Cieux et tout le reste t’est alors vraiment été donné. »

             Les échos et les harmoniques correspondent aux besoins dont tu crois avoir besoin, ainsi que ta demande d’aide à laquelle le Saint Esprit a répondu. Cependant, « ceci n’est que secondaire. » Ce qui prime est la mélodie, la présence d’amour du Saint Esprit qui est abstraite et au-delà de tout besoin : « Le secret de la véritable prière est d’oublier les choses dont tu penses avoir besoin. Demander des choses spécifiques est très semblable au fait de regarder le pêché puis de le pardonner. De la même manière, dans la prière, tu passes sur tes besoins spécifiques tels que tu les vois et tu les laisses aller dans les mains de Dieu. Ils deviennent alors des dons que tu Lui fais parce que tu lui dis que tu n’as pas d’autre dieu devant Lui, aucun autre amour que le sien. Quoi d’autre pourrait être sa réponse que le souvenir de Lui ? Est-ce que cela pourrait être négocié pour un conseil insignifiant à propos d’un problème d’une durée d’un instant ? Dieu ne répond que pour l’éternité. Mais toutes les petites réponses sont contenues dans celle-là. » (Love does not condemn, p. 495, 496)

 

             Ainsi, Un Cours en Miracles est conçu sur deux niveaux [...]. C’est dans l’intégration de ces deux niveaux que le véritable pouvoir et la véritable étendue du Cours peut-être réalisé. Ce double niveau est évident dans ce passage examinant le temps qui est clairement enseigné par le Cours comme étant illusoire : la linéarité étant simplement un tour de magie ou un stratagème de la part de l’égo pour convaincre le Fils de la réalité de la séparation et du monde physique. Cependant, le Cours parle beaucoup de l’importance de gagner du temps, de pardonner le passé et, dans cette magnifique leçon du livre d’exercice, de « mettre le futur entre les Mains de Dieu. » Logiquement, cela n’a pas de sens de faire confiance au futur inexistant d’un Dieu éternel. Ainsi le livre d’exercices déclare : « Dieu tient ton futur comme il tient ton passé et ton présent. Ils ne font qu’un pour Lui et ils devraient donc ne faire qu’un pour toi. Or en ce monde, la progression temporelle semble encore réelle. Il ne t’est donc pas demandé de comprendre l’absence de suite qui se trouve réellement dans le temps. Il t’est seulement demandé de lâcher prise du futur et de le mettre entre les Mains de Dieu. Et tu verras par ton expérience que tu as mis aussi le passé et le présent entre Ses Mains, parce que le passé ne te punira plus et que la crainte future sera maintenant insignifiante » (Leçon 194 du livre d’exercices).

             En d’autres termes, le temps est irréel puisque Dieu n’existe que dans l’éternel présent. Cependant, puisque nous tous qui sommes dans le monde devons y croire et ce ne serait pas particulièrement utile de nous demander de mettre en pratique un principe qui est au delà de notre capacité de compréhension. Par conséquent, le Cours commence là où nous sommes : nous croyons en l’histoire de l’égo dans le pêché passé, pêché qui réclame la punition de Dieu et qui fait de notre crainte future une réalité justifiée. Cette leçon du livre d’exercice s’adresse particulièrement l’esprit du Fils qui pense qu’il serait stupide de faire confiance à un Dieu qui, comme le dit l’égo, nous détruirait inévitablement. La terreur serait trop grande. Par conséquent, cette leçon consiste à exprimer l’idée qu’il est sans danger de faire confiance à un Dieu par rapport à notre futur puisque l’histoire du pêché, de la culpabilité et de la peur de l’égo est fausse. En apprenant grâce à cette leçon à confier notre future à Dieu (Niveau II), nous en viendront finalement à apprendre que le temps n’est qu’un. Ainsi, nous sommes gentiment  ramenés au Dieu atemporel à qui nous savons pouvoir faire confiance et aimer (Niveau I). Le processus qui consiste à corriger nos erreurs par des étapes intermédiaires fait du Cours en Miracles un enseignement unique dans l’histoire des spiritualités non-duelles. Sa correction de l’égo n’est pas réelle, mais cette correction ne s’oppose cependant pas à la réalité. Elle défait simplement la voix de l’égo, permettant au Fils d’entendre l’unique Voix dans ce monde qui peut le mener au-delà de celui-ci : « Le rêve est si effrayant, il semble si réel, qu’il [le Fils de Dieu] ne pourrait pas se réveiller à la réalité sans une sueur de terreur et sans un cri de peur mortelle, à moins qu’un rêve plus doux ne précède son réveil et ne permette à son esprit plus calme d’accueillir, et non de craindre, la Voix qui appelle avec amour pour le réveiller ; un rêve plus doux, dans lequel sa souffrance est guérie et où son frère est son ami. Dieu a voulu qu’il s’éveille doucement et avec joie, et Il lui a donné les moyens de s’éveiller sans peur (T-27.VII.13). » (Love does not condemn, p. 497, 498).

 

 

             Par conséquent, le Saint Esprit semble répondre à nos demandes spécifiques au niveau de la forme, ce qui semble justifier une vie passée à la prier dans le but de lui demander de l’aide. En réalité, comme cela a été mentionné, le Saint Esprit est pur contenu et non forme. Ce contenu de l’amour de Dieu est présent dans nos esprits ainsi que le contenu de peur de l’égo. Le contenu de l’amour de Dieu s’adapte alors aux besoins venant de la peur. Voici une nouvelle citation du Cours : « Dieu sait ce dont son Fils a besoin avant qu’il ne demande. Il n’est pas du tout préoccupé par la forme, mais, ayant donné le contenu, Sa volonté est d’être compris. Et cela suffit. La forme s’adapte elle-même au besoin ; le contenu étant inchangé, aussi éternel que son Créateur » (Extrait du manuel).

L’esprit du Fils est un, à la fois dans le Ciel en tant que Christ et sur terre en tant qu’égo. Ainsi les pensées d’amour et de peur coexistent dans chaque fragment de l’esprit. Nous sommes libres de choisir la pensée à laquelle nous nous identifions. Quand nous choisissons la pensée d’amour, nous l’expérimentons comme l’intervention du Saint Esprit en notre faveur. Quand nous choisissons la pensée de peur, nous l’expérimentons comme étant une force extérieure qui agit contre nous. La première a donné naissance à des siècles de croyance en un Dieu magique, tandis que la dernière a donné naissance à la croyance au diable ou en des forces malfaisantes. Les deux sont des formes opposées de la même erreur qui nie le pouvoir qu’a notre esprit de choisir. Nous croyons que nous sommes les récipients de la grâce de Dieu ou de la malédiction du diable, tous deux extérieurs à nos esprits. Le langage du Cours reflète cette tradition de l’image du Saint Esprit ainsi que de l’égo et les ramène à l’intérieur de nos esprits, en insistant régulièrement sur l’importance de notre pouvoir de choisir. (Love does not condemn, p. 498, 499)

 

 

             Ainsi, notre demande d’aide à ce niveau renforce la croyance que nous sommes pêcheurs, coupables et manquant de ce dont nous avons besoin. Par contre, à un autre niveau, demander sincèrement à Dieu facilite le processus par lequel nous apprenons que la Voix du Saint Esprit parle pour la vérité, tandis que l’histoire de l’ego est fausse. Cela défait l’affirmation basique de l’égo qui dit que la présence du Saint Esprit dans nos esprits est un grave danger pour nous, qu’on ne devrait pas lui faire confiance et qu’il devrait être évité à tout prix. Ainsi, il nous est demandé de faire confiance à cette présence d’amour qui veut nous aider. C’est pour cette raison qu’Un Cours en Miracles évoque le fait de demander l’aide du Saint Esprit. Ce genre de demande est situé au bas de l’échelle [de la prière], là où nous croyons être. A partir de telles demandes et d’un tel apprentissage se trouve le royaume des Cieux sur terre ou, du moins, le début de la réalisation du royaume. La prière est donc comme le pardon : « […] La prière est une façon de demander quelque chose. C’est le médium des miracles. Mais la seule prière qui ait du sens est celle du pardon parce que ceux qui ont pardonné ont tout. Une fois que le pardon a été accepté, la prière au sens usuel devient totalement insignifiante. La prière du pardon n’est rien d’autre que la requête d’être capable de reconnaître ce que tu as déjà » (Texte).

En d’autres mots, nous ne pouvons par prier pour ce qui n’est pas là. On ne peut prier légitimement que pour se souvenir ou accepter la vérité qui est déjà à l’intérieur, pour « Demander… de recevoir ce qui a déjà été donné, ou accepter ce qui est déjà ici » (le chant de la prière, p.1). Nous prions pour être aidé à pardonner, c'est-à-dire pour défaire l’illusion qu’il y ait déjà eu quelque chose d’autre que la parfaite unité de Dieu et du Christ. (Love does not condemn, p. 500, 501)

 

 

             Ainsi, les réponses à nos demandes d’aide nous attendent jusqu’au moment où nous les voulons vraiment. Ce qui facilite notre désir de Dieu, c’est d’avoir ce « petit désir » pour débuter le processus de changement de perception de ceux que nous croyons être à l’extérieur de nous, ayant oublié qu’ils sont comme nous des parties du Christ. Notre méfiance à leur égard reflète notre méfiance de Dieu et finalement la méfiance de nos esprits qui ont, selon nous, choisi d’attaquer Dieu et Son Fils. Par conséquent le Cours nous dit : « Si tu veux connaître que tes prières sont exaucées, ne doute jamais d’un Fils de Dieu. Ne doute pas de lui et ne le confonds pas, car ta foi en lui est ta foi en toi-même. Si tu veux connaître Dieu et Sa Réponse, crois en moi dont la foi en toi est inébranlable. Peux-tu demander véritablement au Saint-Esprit et douter de ton frère ? Crois que ses paroles sont vraies à cause de la vérité qui est en lui. Tu t’uniras à la vérité en lui, et ses paroles seront vraies » (T-IX.4) […] « Il se peut que ton frère ne connaisse pas qui il est, mais il y a dans son esprit une lumière qui connaît. Cette lumière peut luire dans le tien, revêtant ses paroles de vérité et te rendant apte à les entendre. Ses paroles sont la réponse que le Saint Esprit te donne. Ta foi en lui est-elle assez forte pour te permettre d’entendre ? » (T.IX.2.5:8-11) […] N’entends que la Réponse de Dieu en Ses Fils et tu auras ta réponse » (T.IX.2.7:7).

Bien sûr, cela ne signifie pas que tu devrais faire confiance à l’égo de ton frère. Le Cours nous rappelle que « Les gens apeurés peuvent être vicieux » et que l’on ne nous demande certainement pas de nier les formes parfois vicieuses d’appel à l’aide des gens. Cependant, il nous est demandé, lorsque nous sommes en présence d’une telle expression de peur, de regarder au-delà vers l’amour de Dieu qui est vraiment appelé à l’aide, de façon à avoir foi en ce qu’au milieu du camouflage sombre de l’égo, la lumière du Christ reste intacte. (Love does not condemn, p. 502, 503)

 

 

             Jésus s’adresse aux étudiants incertains dans la leçon 95 du livre d’exercice, expliquant le but caché de ces leçons plus structurées à cette étape de l’entrainement : « Il est difficile à ce stade de ne pas permettre à ton esprit de s’égarer lorsqu’il entreprend une période d’exercice prolongée. Tu t’en es sûrement déjà rendu compte. Tu as vu à quel point tu manques de discipline mentale et à quel point tu as besoin d’entraînement de l’esprit. Il est nécessaire que tu en sois conscient, car c’est certes une entrave à ton avancement… Outre le fait de reconnaître que tu as des difficultés à soutenir ton attention, tu dois aussi avoir remarqué que si ton but ne t’est pas fréquemment rappelé, tu as tendance à l’oublier pendant de longues périodes de temps… A ce stade, donc, il est nécessaire d’avoir une structure, planifiée de manière à inclure de fréquents rappels de ton but, et des efforts réguliers pour l’atteindre. La régularité n’est pas la condition idéale pour la forme d’exercice la plus bénéfique en vue d’atteindre le salut. Toutefois, elle est avantageuse pour ceux dont la motivation est inconstante et qui ont encore de lourdes défenses contre l’apprentissage » (L-I.95.4.5.6).

             Cependant, quiconque est familier avec la pratique spirituelle peut facilement reconnaître l’aspect à deux tranchants de ce type de structure, particulièrement dans le contexte du Cours où l’autorité pour la pratique n’est rien de moins que Jésus. Le « danger » de ce genre d’instruction, c’est quand les gens oublient les périodes d’entrainement, comme ils le font presque tous, et qu’ils se sentent coupables de ne pas réussir à être attentif à Dieu. Par conséquent, Jésus poursuit dans la leçon 95 : « Toutefois, ne te sers pas de tes manquements à cet horaire comme d’une excuse pour ne pas y retourner dès que tu le peux. Tu pourrais être tenté de considérer la journée comme perdue sous prétexte que tu as déjà manqué de faire ce qui était requis. Toutefois, cela devrait simplement être reconnu pour ce que c’est : le refus de laisser corriger ton erreur et l’indésir d’essayer de nouveau. Le Saint Esprit n’est pas retardé dans Son enseignement par tes erreurs. Il n’y a que ton indésir d’en lâcher prise qui puisse Le retenir » (L-I.95.7.8)

             En d’autres termes, le problème n’est pas d’oublier une période d’exercice, mais de prendre au sérieux cette erreur et de se sentir coupable. C’est la même chose que dire que le problème n’est pas la « petite idée folle » de la séparation, mais plutôt de ne pas se souvenir d’en rire et de prendre au sérieux la pensée de séparation en l’appelant pêché, c’est à dire en écoutant l’interprétation de l’égo au lieu de celle du Saint-Esprit.

             Non seulement notre culpabilité donnerait à une pensée de l’égo une force qu’elle n’a pas, mais elle lui donnerait aussi une réalité qu’elle n’a pas non plus. Encore une fois, c’est une chose de faire une erreur, mais c’en est une autre de lui donner du pouvoir en l’étiquetant comme pêché nécessitant notre culpabilité et une punition méritée. Ainsi, les instructions de Jésus peuvent être interprétées de façon symbolique sur la manière dont on devrait regarder la séparation originelle. Rappelle-toi encore une fois comme toutes les expériences se produisent simultanément : Puisqu’il n’y a pas de hiérarchie dans les illusions, se sentir coupable suite à une période d’exercice manquée n’est pas différent de se sentir coupable suite à la séparation de Dieu : une « petite » illusion n’est pas différente d’une « grande » illusion. De plus, les idées ne quittent pas leur source. Ainsi, l’idée  de se sentir coupable par rapport à quoique ce soit a comme source la culpabilité ressentie par rapport à la séparation d’avec Dieu.

Par conséquent, apprendre à se pardonner nos « échecs » à l’encontre de Dieu par rapport à une période d’exercice manquée, c’est en même temps se pardonner notre « échec » à l’encontre de Dieu dans la séparation. 

« Quand tu oublies de te soumettre aux exigences de ce Cours, tu as simplement fait une erreur. Cela demande une correction et rien d’autre. Permettre à une erreur de continuer, c’est faire des erreurs additionnelles, qui sont basées sur la première et la renforcent. C’est ce processus qui doit être mis de côté, car ce ne serait pour toi qu’une autre façon de défendre les illusions contre la vérité » (L-I.95.9)

             La facilité avec laquelle  les adeptes de spiritualité peuvent tomber dans la dévotion des rituels est illustrée par cette histoire venue de l’Est. Un certain gourou rassemblait ses disciples tous les matins dans l’ashram pour méditer. Un chat qui appartenait à la communauté aimait se joindre à eux, ce qui distrayait les méditants. Par conséquent le gourou demanda que le chat soit attaché à un poteau avant chaque méditation de façon à ne pas perturber ceux qui méditent. Avec les années, le gourou et le chat sont morts tous les deux ; et alors que la communauté continuait à pratiquer la méditation, les anciens se sont souvenus que le gourou vénéré avait demandé que l’on attache le chat à un poteau avant la méditation. Par conséquent, les membres de la communauté cherchèrent un chat à attacher à un poteau de façon à ce que les instructions du gourou soient respectées. Manifestement, le contenu pratique du but premier du gourou fut oublié au profit de la forme.

             Le pouvoir de ton esprit à établir certains rituels ou objets comme sacrés a également été décrit par Krishnamurti dans cette instruction sur la façon de rendre un objet saint : « Prenez un bout de bois, posez-le sur un manteau de cheminée et chaque jour mettez une fleur devant… répétez certains mots comme « coca-cola », « Amen », « Om ». Le mot n’importe pas, prenez celui que vous voulez. Si vous faites cela, après un mois, vous allez voir à quel point ce bout de bois est devenu saint. Vous vous êtes identifiés à ce bâton, à ce morceau de pierre ou à cette idée et vous l’avez rendu sacré, saint. Mais ça ne l’est pas. Vous lui avez prêté un sentiment de sainteté qui vient de votre peur, vous abandonnant à quelque chose que vous considérez saint. L’image que l’on trouve dans le temple n’est pas plus sainte qu’un morceau de pierre trouvé sur le bord de la route » (The Awakening of Intelligence, p. 214).

Dans cet exemple, l’attention à été déplacée du contenu à la forme, rendant ainsi cette activité dépourvue de sens et trompeusement sainte. Pendant ce temps, le système de pensée de l’égo reste intact, imperméable à la « menace » du contenu (la vérité) qui a été écarté par le culte de la forme. (Love does not condemn, p. 505, 506)

 

 

             La voie d’amour dans nos esprits nous offre de façon continue la correction de la voix de haine de l’égo. Encore une fois, le Saint Esprit ne fait rien en réalité ; Il est simplement. Sa présence d’amour pure et abstraite est transformée en correction (le pardon) quand il est confronté à l’absence de pardon de l’égo. Les relations particulières, quand elles sont apportées au pardon, sont transformées en relations saintes. Toutes deux sont également illusoires puisqu’elles sont basées sur la séparation. Mais quand elles sont mises en contact, elles se dissolvent, ne laissant que la mémoire de l’amour dans l’esprit saint du Fils, son autel ayant alors été nettoyé.  (Love does not conemn, p. 510) 

 

 

             Par conséquent, quelque soit la conduite que l’on cherche à adopter, que ce soit dans l’objectif d’avoir du plaisir (le salut matériel) ou de la douleur (le salut religieux), […], notre tâche reste la même : apporter nos problèmes et désirs au Saint Esprit, demandant son aide pour considérer le problème comme étant la manifestation d’une pensée intérieure. Et c’est cette pensée qui nécessite une correction. Le principe est simple. Cependant, son application est difficile car nous parlons ici du défaire de la totalité du système défensif auquel nous nous identifions, cela étant nécessaire au salut. Chaque circonstance de notre vie qui nous concerne devient une opportunité pour retourner aux racines de ce problème. Seule une métaphysique non duelle et sans compromis peut présenter un plan aussi simple pour le salut : « Combien le salut est simple ! Tout ce qu’il dit, c’est que ce qui n’a jamais été vrai ne l’est pas maintenant et que ça ne le sera jamais. L’impossible ne s’est jamais produit et ne peut avoir aucun effet. Et c’est tout. » (Texte)

             Par conséquent, ce n’est pas le monde qui a besoin de rédemption, de préservation ou de plan pour la paix, mais l’esprit qui croit en un monde ayant besoin de rédemption. Ceci est donc la nouvelle moralité d’Un Cours en Miracles : n’agit pas par inquiétude ou par empathie déplacée, mais poussé par l’amour de Dieu qui ne sait rien de la douleur et de la souffrance. Et de ce lieu d’amour dans nos esprits, l’amour agit par lui-même, guidant gentiment nos corps dans une interaction avec le monde dénué d’ego et donc de problèmes. C’est une telle interaction que Jésus a fait preuve quand il a foulé le sol de la terre ; une interaction avec les autres et le monde qui n’est investie que de l’amour du Père : un amour qui littéralement ne fait rien, mais simplement est. (Love does not condemn, p. 515) 

 

 

Traduction libre par Mathieu

 

 

 "Love does not condemn", chapitre 18 et 19 (cliquez ici)


 

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Published by Mathieu - dans Kenneth Wapnick
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